marie-martine mestre

JE SUIS UN ARBRE

Ils disent que je suis un arbre.

Je suis né de la terre,

je suis né dans la terre.

 

J'ai poussé entre la terre et le ciel

En poussant le ciel plus haut.

 

Plus je grandis, plus le ciel devient haut,

Plus ils voient haut et grand.

 

C'est parce que j'ai poussé si haut

qu'ils ont vu le ciel.

C'est parce que je suis si haut

que leurs pieds ont inventé les yeux qui voient,

ceux de devant leurs têtes.

Les yeux qui voient loin, très loin même

et les font se perdre de vue.

et jeter leur sentir et leur deviner

là bas dans ce qui ne leur ressemble pas.

Pas les yeux qu'ils ont en dessous de leurs pieds,

qui causent avec la terreM

Mais ceux de tout en haut d'eux même

qui leur ont donné envie,

envie d'être différents et autres

en prenant, en s'emparant de ce qui ne leur ressemble pas.

Ils ont cru que c'était se donner un plus de vie,

d'avoir un plus de vie pour eux...

 

Ils ont inventé l'espace,

l'espace entre eux et le différent d'eux.

L'espace dans lequel ils jettent leurs regards,

l'espace dans lequel ils apprennent à avoir envie, à désirer

à choisir ce qui va les attirer dans le différent d'eux.

L'espace sur la terre, sur laquelle ils marchent

sur leurs deux pieds, parce que il faut deux pieds pour marcher.

L'espace dans l'air dans lequel ils respirent de leurs deux poumons

et tendent les bras pour montrer "c'est ça que je veux" et le prennent dans leur regard et dans leurs deux mains...

Et peu à peu leurs yeux de dessous leurs pieds se sont fermés.

Presque fermés, et ne sentent plus bien ce que raconte la Terre

et ce qu'elle enseiigne, comment elle donne tout.

 

Ils disent que je suis un arbre

parceque je n'ai qu'un pied...

A cause de ça ils disent que je reste sur place,

que je bouge pas, que je ne connais pas l'espace,

celui à ras de la terre et celui de la terre.

Ils disent que je n'ai pas d'yeux,

ni en dessous, ni en haut.

 

Je ne sens pas le différent, le deux...

Je sens la Terre de dessus, de en dessous, et même celle d'en l'air...

Avec les animaux, les maisons, les rivières

et le vent, les voitures et les routes, les fleurs et les légumes,

les avions et les enfants, les ponts et les poissons...

Et tant et tant, tellement de différents

qu'on peut voir dans la Terre-paysage alentour,

Un magnifique monde de vibrations

 

Ils disent que je suis un arbre, et disent que je suis à part,

différent de ceci et différent de cet autre

un peu plus loin à l'horizon...

Et tous ils se vivent différents, désirant ça et ceci et ça en plus.

 

Je n'ai pas d'yeux pour différencier.

Je suis immobile, dans l'harmonie du tout de la Terre.

Ils disent que je suis un arbre et je sais

que je suis en harmonie dans le tout...

Ils désirent et leurs yeux regardent toutes les différences

et ne voient que depuis eux-même jusqu'à l'horizon.

La vie horizontale, tant il y a à désirer...

 

Désirer ?

Tout ce qui vit est à sa place...

 

Je suis un arbre dans la croissance de mes racines.

Je suis un arbre dans la croissance des branches,

vers le bas, vers le haut,

vers la terre, vers le ciel.

Le chemin de la sève, de la Terre au Ciel,

du Ciel à la Terre...

Prière vivante dressée, enfouie...

Verticalité.

Offerte en fleurs, en feuilles, en écorces, en fruits,

en racines, en bois, en médecines...

Ils viennent se nourrir, se soigner, s'abriter, se rafraîchir.

Trop désirant et pas heureux...

 

Ils disent que je suis un arbre,

fait de bois,

Et quand je tombe,

que je sèche et que je meurs,

ma prière offerte devient banc et poutre,

devient jouet, devient cercueil et table,

devient bateau..

Depuis la plantule que j'ai été, jusqu'à l'humus décomposé,

je n'ai pas bougé, sans désir, juste offert

dans la danse de la Vie...

Et j'ai suivi mon chemin, ma route d'arbre,

juste offert à la vie...

 

 

 



26/05/2016
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