marie-martine mestre

L'ORGUE DE BARBARIE...

C'étaient trois petites notes dans la rue, juste après le feu rouge, près des tables devant la boulangerie...

Un homme tournait la manivelle de son orgue de barbarie. En chantant à pleine voix dans le soleil.... 

Il y avait vraiment longtemps que je n'en n'avais entendu.

J'étais ravie comme si j'avais 10 ans, les yeux pétillants de souvenirs !!! Ravie d'entendre cette voix si particulière des chanteurs de rue...Un phrasé comme on n'en n'entend plus, le son un peu mécanique de l'orgue avec ses bandes papier perforé d'où naissent les mélodies ...

Et lui me regardait arriver vers lui, avec un grand sourire de contentement, casquette à moitié sur l'oeil, petite moustache frémissante. Il n'y avait pas beaucoup de monde dans la rue, je me suis arrêtée pour déposer une pièce dans la boite sur le trottoir devant son orgue... Je lui ai dit 3 mots pour le remercier. Et nous nous sommes raconté la rue des Abbesses près de Pigalle en plein XVIIIème arrondissement, comparant nos souvenirs d'il y a ... Oh bien 30 ans.!

C'est là que j'habitais à cette époque. La rue en pente, qui n'en finissait plus ! ... Dieu que ça grimpait pour faire le marché, le panier au bras, de plus en plus lourd... et lui, bien installé à mi-pente de la rue, actionnait déjà son orgue, distribuant les partitions de ses chansons à tout ce petit monde qui faisait demi-cercle autour...  Des femmes, leurs paniers posés à leurs pieds, les yeux rivés sur les paroles imprimées se mettaient à chanter sur la musique. Et des hommes suivaient les notes en regardant par dessus les épaules des dames, les frôlant un peu!!!! des gamins chahutaient moitié sur le trottoir, moitié dans le rue.... il y avait ceux qui connaissaient bien les airs et qui ne se privaient pas de donner de la voix, ceux qui ne reprenaient qu'aux refrains, celles qui ne faisaient que murmurer les paroles pour bien se les mettre dans la tête et qui tout à coup se lançaient sur la vague sonore, toute timidité envolée...les chiens en profitaient pour marauder les déchets à la boucherie toute proche....ça fleurait bon le pain chaud et bien doré vendu dans la boulangerie-pâtisserie en face... Tellement beau ce magasin qui ne désemplissait pas. En faisant la queue on avait tout le temps d'admirer les murs carrelés montrant, sur fond turquoise très doux, des silhouettes de femmes de la Belle Epoque aux beaux chignons roux appétissants comme des brioches à tête ! c'était un vrai bonheur d'acheter un croissant pour s'installer au café d'à côté, avec ces grands miroirs dont les beaux cadres de cuivre venaient juste d'être astiqués pour briller de tous leurs feux !!!  j'adorais la gouaille des hommes au bar, moustaches un peu blanchies à la mousse de leur bière, les femmes répliquant à leurs compliments gaillards, toutes secouées de rire.... Et les chanteurs continuaient de lancer leurs voix, pas toujours très justes. Mais qu'importait, le plaisir de chanter ensemble était si grand... Si grand aussi le plaisir d'apprendre les chansons en vogue ou celles d'autrefois en se disant qu'on pourrait les reprendre au dessert dans les fêtes de famille ! On ne se connaissait pas, juste un peu de vue, mais ça faisait tellement plaisir de se retrouver ensemble, de chanter après avoir payé de quelques petites pièces les feuillets des chansons...  Et même ça faisait sortir les soucis de la tête pour quelques minutes et ça réchauffait les coeurs !!!  Plus le musicien vendait de partitions, mieux il gagnait sa vie, m'avait fait remarquer le joueur d'orgue de barbarie...Alors, il avait l'art de rameuter les gens pour chanter !!! On restait là 5 minutes, une heure... Les gens allaient et venaient, attrapant des bouts de rimes musicales ou toute la chanson, mais après on en avait pour des heures à la fredonner en épluchant les légumes ou en courant dans le métro...Qu'est ce que c'était bon, tellement vivant !!!  Pour se rappeler ce bon vieux temps de Pigalle, le faire revivre quelques minutes, le joueur d'orgue m'a sorti une feuille de papier pliée et repliée, pour que je lise les paroles, et je chante avec lui !!!

C'était justement jour de marché sur la place des Clercs à Valence...

 



03/05/2017
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