marie-martine mestre

LA CONFIANCE EN SOI

LA CONFIANCE EN SOI

 

     Quand un petit bout de chou apprend à marcher, son entourage fait tout ce qu’il peut pour l’encourager tout en lui donnant le plus de sécurité possible, le félicitant joyeusement de ses progrès !  Le bout de chou s’enhardit sur ses jambes, rit de fierté et de plaisir, et pouf ! Se retrouve le derrière par terre, tout surpris, la bouche prête à pleurer, et voit le rire et les mains tendues de ses parents pour l’aider à se relever.Il reprend confiance pour recommencer et progresser, jusqu’à se mettre à courir, à danser, de tout son corps qui porte son cœur et sa tête !

Nous avons connu cela, chacun !  C’était un bon début dans la vie et dans la confiance !

 

 

La confiance est sans doute la première donnée qui préside aux débuts de notre vie, pas seulement lors de nos premiers pas, mais aux touts premier instants de notre vie, à cet instant « vertigineux » où nous avons pris corps, où nous n’étions qu’une toute première petite cellule, étincelle d’éternité enclose en cet instant de la fécondation, instant plus bref qu’un claquement de doigt, et pourtant fondamental. Le grand voyage de notre vie personnelle commençait, avec tout ce qui allait nous être nécessaire fin prêt dès cet instant même, chargé de notre bagage génétique au cœur de cette première cellule…  De là sont issues deux, puis quatre cellules, puis huit, et seize et plus, tellement plus dans le jeu du développement de notre être, jusqu’à ce corps, cet « être corps » que nous sommes là maintenant, celui ou celle en train de lire cet article…. Jusqu’au dernier souffle où nous repartirons et rejoindrons l’infini de la vie…Je parlais d'instant vertigineux en pensant à cette fécondité et à cette générosité de la vie aux tous débuts, qui soutiennent la multiplication des cellules à une vitesse incroyable, à ces capacités presque inépuisables de création et de diversification  qui vont permettre de composer tous les tissus qui forment notre corps d'embryon puis de foetus, de petit enfant dans ses premières années. Certes plus lentement dans notre vie d'ado et d'adulte...

 

Cet instant là est confiance absolue en soi, en la vie…sans qu’il y ait encore de différence entre un moi et la vie. Toute notre vie dans ses différentes phases, ses différents aspects, n’est que la manifestation constante de cette confiance…Peut-être que c’est ce qu’on appelle la volonté de vivre, l’appétit de vivre, la joie de vivre. J’aime à le croire…

Souvent des gens me disent «  je n’ai pas confiance en moi », «  je n’ai jamais eu confiance en moi »…Et pourtant ils sont là, en vie !

 

Pour chacun, il nous a fallu tisser patiemment quelque chose qu’on appelle la conscience de soi, de son identité, en éprouvant et reconnaissant cette force de vie, nos capacités, en apprenant à en jouir, pas seulement pour soi, mais dans le partage et l’échange avec l’autre, les autre. En reconnaissant nos différences avec curiosité et gratitude pour ce qu'elles peuvent stimuler, nous participons à la création du mutiple dans l'Un.  Entre heurs et malheurs, plaisirs et douleurs, fierté et bonté, nous avons mis à profit ce quelque chose de tellement précieux : le sentiment de notre originalité absolue.  Ce qui vient de l’origine, ce qui vient de notre origine personnelle et nous rend chacun unique.

Quand des gens me disent « je n’ai pas confiance en moi » je les ramène à cela : ressentir cette flamme vivante en eux depuis la cellule originelle, on pourrait dire "la vibration, le son, la syllabe germe" de notre mandala personnel…Acompagnant le questionnement de personnes qui venaient de faire une tentative de suicide, je me suis chaque fois rendue compte que cette tentation "du mourir" était au fond d'elles un essai inconscient de retour à cet instant de l'origine où la vie a jailli d'un presque rien ! Si je les ramène jusque là, ce n'est pas pour les inciter à développer un narcissisme effréné qui les empêcherait de jouir des relations possibles et bienfaisantes avec les autres, mais pour les aider à redevenir capables de jouer leur partie, de jouer leur rôle dans le grand jeu de la vie…

Il existe une foule de techniques, de formations pour réactiver et retrouver la confiance en soi.  Elles sont bonnes pour chacun, dans la mesure où elles vont permettre le développement de ce sentiment d’être quelqu’un de bien et d'estimable à leurs propres yeux, dans la mesure où ces techniques ne sont pas plaquées sur des sentiments d’impuissance, de grande  fragilité, de vide intérieur. Dans ce cas, cela risquerait bien de contribuer à construire un faux-self, une "persona", qui ne servirait qu’à donner le change aux yeux des autres, à ses propres yeux dailleurs, et d’obliger la personne à devoir se motiver encore et encore pour tenir sur la longueur et ne pas tomber dans l’angoisse et la déprime sous-jacente. Sans avoir la joie de se sentir un être vivant, de créer sa vie en utilisant aussi son brin de folie, ses incertitudes, sa poésie, ses besoins de paresse et de récréation, ses envies de tout plaquer pour mieux se savoir libre, et pouvoir écouter ce que ça veut vraiment en soi par delà les conflits intérieurs !!! Quitte à reprendre le même collier professionnel, familial, amoureux, mais avec plus de profondeur et du sentiment que c’est bien cela qu’on veut. Ou d’oser changer.

 

 Au cours de notre vie, nous avons maintes fois l’occasion de perdre de vue cette confiance en soi … Des accidents, des séparations, des deuils, des trahisons, des licenciements, des manoeuvres de manipulations subies à répétition, etc, risquent d’entamer plus ou moins profondément le sentiment d’avoir des forces intérieures qui ne demandent qu’à s’exercer dans les diverses situations pour trouver et créer des solutions parfois inédites, mais toujours originales pour aider à surmonter ces difficultés, ces défis… Et surtout une fois surmontés, en tirer des enseignements pleins d’expérience de la vie…Chaque fois que l’on se trouve devant un défi, il me semble primordial de marquer un temps, de prendre la température des ses émotions pour comprendre si elles sont paralysantes ou fécondes et positives, et de se remercier de pouvoir se donner la possibilité d’utiliser son "capital sagesse" plein d’expérience ! Avec le sourire, s’il vous plait, ce petit sourire qui relève les coins de la bouche et semble dire avec appétit « A nous deux, la vie » !  Je ne voudrais pas faire croire que c’est tout simple et facile. On a le droit de se tromper, de flancher, mais on a le devoir de jouer notre partie, c’est notre grandeur d’êtres humains…Et de se féliciter pour ce que l’on a encore appris ! Pour cela on n'a pas le choix, il faut que le mental critique lâche prise, ce mental qui n'a souvent que des images de perfection jamais atteinte comme motivation et comme but. Il faut que le mental lâche prise, devienne seulement témoin pour que le coeur se laisse enseigner en vivant une expérience...

 

Il y a un endroit ou la confiance en soi devient absolument nécessaire, un endroit excellent pour développer la confiance en soi…

 

C’est dans la voie du couple !

 

Souvent, en particulier quand on est encore très jeune, on a vite envie de dire à celui ou  à  celle que l’on vient de rencontrer « j’ai confiance en toi ». Comme ça d’emblée, parce qu’on tombe amoureux et que c’est tout beau, que c’est fabuleux, qu’il est tellement… ou qu’elle est tellement… merveilleux ou merveilleuse !

Aïe !  Dommage de se jeter tête la première dans une telle projection ! Car on se fait croire qu’il ou elle va correspondre en tout à nos besoins, nos attentes, nos manques. Je m'imagine alors que cela m’éviterait de tester la confiance en moi que je peux développer dans cette relation qui commence…ça m’éviterait de la développer en me trouvant sollicité(e), dans mes capacités plus intimement que je ne l’ai jamais été, entamé(e) au fond de moi par cet autre, dans l’élan même de l’amour que j’ai envie de donner, que l’autre veut me donner…C'est cela la grande tentation dans le couple, en habillant l'autre de ce "j'ai confiance en toi" on abandonne la responsabilité de soi-même en espérant que l'autre va tout faire pour ne pas nous décevoir. Et surtout, on le coince, on le corsette dans un rôle comme si on ne voulait surtout pas qu'il bouge, que des facettes de lui (ou d'elle) arrivent à maturité et se révèlent au risque d'entamer cette fameuse confiance qu'on avait déclarée haut et fort...Quand ça se met à grincer dans nos différences, que la relation joue au papier de verre râpeux, c’est là que j’ai à ouvrir un peu plus grand les yeux de l’intérieur pour accueillir l’autre dans sa plus juste réalité et voir comment ça répond en moi, voir quels sont mes possibles face à lui ou à elle, ce que je peux donner, demander. Voir comment je peux  trouver des espaces en moi qui me permettront d’être nouveau, nouvelle en face de moi-même d’abord, et nouveau ou nouvelle face à l’autre en restant ouvert, curieux(se), intéressé par ses réponses à lui ou à elle avec l’envie de les intégrer, d'oser le faire, d’en être changé et cependant toujours le ou la même en essence. Parce que j’aurai élargi ma vision de la vie, laissé mes capacités devenir pus fines. … C’est là que peut se développer encore la confiance en soi, sans trop de narcissisme, ni de forfanterie, en passant à travers mes fureurs, mes angoisses d’impuissance à le faire plier à ma volonté. … Je peux développer la souplesse que demande la confiance en soi, la patience, et ce quelque chose de tellement fondamental : la foi dans la vie ! Le couple est avant tout une expression de foi dans la vie !  Au fur et à mesure de son histoire où chacun chemine pour lui, pas pour l’autre ni en demandant à l’autre de le faire à ma place, le couple devient un espace et une dance de joie de vivre ! Une danse à deux, la dance du Tao !

 

Je voudrais juste ajouter que dire à son homme ou à sa femme « je t’aime » ne peut jamais être une manière de séduction pour se l’attirer et se l’attacher…C’est le moment, l’instant ou l’on sent à quel point grâce à lui, à ce qu’il est, ce qu’elle est, la confiance en soi grandit et mûrit en augmentant la  capacité d’aimer, la capacité de s’ouvrir à l’amour, de briller de ce feu d’amour qui n’est pas à l’un ou à l’autre mais est entretenu par les deux…Ce "je t'aime" devient reconnaissance envers l'autre, envers soi, envers le couple.

 

La confiance en soi est amour de soi qui donne envie d’aimer !

 

 



25/11/2011
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