marie-martine mestre

LA RECONQUETE DE SOI

LA RECONQUETE DE SOI

 

 

Avoir rencontré une personne manipulatrice et eu affaire à elle assez longtemps pour finalement se sentir entamé et blessé, jusqu’au point de se sentir dans une forte dépression, avec l’impression que l’on a perdu toute capacité de se sentir vivant et plein de projet, beaucoup ont vécu cela… On « fonctionne » mais en se sentant ni digne ni bien campé en soi. Harcèlement moral et perversité dans le couple ou avec un membre de la famille, en situation professionnelle, dans le voisinage, dans une communeauté, etc… Il y a bien des situations où ce genre de relation démolissante à la longue peut se dérouler…Une sorte de dépendance émotionnelle  s’est installée, la victime espère que cela va s’arrêter, que son agresseur va réaliser à quel point il agit de façon malsaine et pernicieuse, à quel point la personne en face sur laquelle il (elle) s’acharne, même insidieusement,  est estimable, et mérite qu'on s'occupe d'elle avec respect et affection...…

Pas d’illusion, ça ne s’arrêtera pas, cela ne viendra pas…Le manipulateur continuera tant que rien ne viendra s’opposer, barrer ses agissements manipulateurs.

La première chose à faire par la personne démolie psychiquement, voire avec des manifestations physiques de souffrance, c’est de trouver le courage de stopper la relation. La stopper net, sans chercher de discussions ni explications, car le pli est pris dans ce jeu nocif, elle aura toujours le dessous.…En se faisant aider, soutenir,  par des proches, amis, famille, conjoint etc Psy bien sûr…Pour qu’elle ne cherche pas malgré tout à continuer cette relation… Dans le cadre professionnel, ce n’est pas facile, car il faudra rapidement se montrer ferme pour mettre une limite sans ambigüité, dans le meilleur des cas, car le manipulateur stoppe souvent ses attitudes quand il sent qu’une personne montre un bouclier par la force de son caractère, et lui fait entendre sans l’accuser qu’elle a vus ses manipulations à l’œuvre. Il faut savoir qu’il s’empressera de trouver une autre victime. Si on n’a pas pu réagir assez tôt, par naïveté, peur, chantage, ou parce que le manipulateur (trice) a su faire preuve d’habileté et se montrait gentil et sympathique avec les autres,  il faudra sans doute réunir des preuves, témoignages, etc… Si l’on a laissé durer la manipulation et qu’elle est allée loin, il faudra peut-être partir, quittersans retour... Tout cela demande du courage, et le soutien de l’entourage pour aider la victime à tenir le coup, faire front et aller contacter les organismes compétents, des associations d’aide, par exemple…

Il faudra surtout s’occuper de soi, se reconquérir… D’abord en retrouvant son territoire intérieur ! C'est-à-dire de faire cesser la dépendance émotionnelle dans laquelle on s’est retrouvé(ée), sans vraiment s’en rendre compte, car l’agresseur avait l’art de profiter de la faiblesse de sa victime qui s’éloignait de plus en plus d’elle-même, perdait le contact avec son monde intérieur. Chaque fois que la victime, homme ou femme, se retrouve en train de se demander si l’agresseur est de bonne humeur, va changer d’attitude, va enfin remarquer ses qualité, ses compétences, avoir un mot franchement gentil, si ce qu’elle fait lui fait assez plaisir, qu’elle se dévoue assez, il faut qu’elle lâche ce questionnement et qu’elle se demande si ce qu’elle fait lui fait du bien à elle, lui correspond vraiment, lui donne confiance en elle, et avoir le courage de reconnaître qu’elle va à l’encontre d’elle-même la plupart du temps…C’est une véritable reconquête de son monde intérieur qu’elle va devoir mener…Peut-être bien que la dépression guettera la personne qui veut se récupérer, qu’elle se sentira vide et sans intérêt, sans appétit au propre comme au figuré, sans envie de voir qui que ce soit, honteuse d’elle-même en constatant les dégats auxquels elle se trouve confrontée. Elle a besoin de se récupérer, mais ses forces sont fragiles, noyées…Souvent elle a l’impression qu’elle doit se tenir à l’écart de tout et de tous, car elle a peur, se sent sans protection, encore en danger. Car même si elle s’est soustraite aux agissements manipulateurs d’une manière ou d’une autre, son psychisme continue à sentir les choses comme dangereuses, les empreintes ne s’effacent pas aussi rapidement, comme sur un coup de baguette magique, ou par une prise de conscience simplement mentale Il faudra une sorte de remaniement des schémas non seulement mentaux, mais aussi émotionnels, psychiques et bien souvent calmer les souffrances physiques….Comme si elle était à nu et n’avait plus de peau, cette peau psychique qui délimite son moi et le protège… Cette « peau » qui se forme dans l’enfance grâce aux bons soins de ses parents…Des massages très doux avec des huiles essentielles appropriées pourront l’aider à se sécuriser au fond d’elle-même, lui redonner accès à quelque chose de secret en elle, qui est ce ressenti que l’on a de soi dans son intégralité, un ressenti où l’on sent que l’on est entier, intact au plus profond de soi. Pour retrouver un contact bienfaisant avec le monde extérieur, mais aussi avec son monde intérieur,  il faudra également nourrir les 5 sens : l’odorat, l’ouï, le toucher, le goût, la vue…je pense qu’il est bon de commencer par l’odorat, sentir les parfums de la nature, l’herbe, les écorces des arbres, les fleurs, la rivière,  en allant faire un petit tour, en même temps que l’on va sentir des parfums doux, fleuris, par exemple…dans les magasins de soins de beauté ou chez des amies, car l’odorat nous emmène loin en nous, nous emmène dans le mystère de notre animalité, là où notre instinct de survie et de vie va nous ramener à nous même…Pas besoin d’y aller avec d’autres. C’est souvent seul qu’on peut le mieux retrouver le ressenti.  Ecouter des sons les yeux fermés, goûter à toutes sortes de choses, juste goûter et de laisser se répandre les saveurs sur nos papilles, faire plaisir à notre toucher aussi bien par des étoffes agréables au contact, que des éléments de la nature….L’ouï viendra peu  à peu, en écoutant des musiques qui font plaisir, entraînent dans des mouvements… aller dans des concerts où beaucoup de gens vibrent ensemble, écouter des rituels religieux à l’église, dans des temples bouddhistes, etc… là où des gens pratiquent ensemble, où le niveau vibratoire s’élève…Bien sûr il faudra retrouver le plaisir d’être avec d’autres, dans le monde qui nous entoure, sans trop de mondanités, mais il faudra retrouver le plaisir d’être avec soi, de s’aimer assez pour se faire des petits cadeaux, de s’offrir des moments où l’on se demande ce qui nous ferait plaisir avec une certaine curiosité pour se redécouvrir, comme avant, mais souvent comme en renaissance !  Il faut savoir attendre avec patience mais aussi avec confiance que ces appétits, ces désirs reviennent en les stimulants, désirs et besoins peut-être anodins aux yeux des autres, mais au plus juste de soi dans l’instant….Et puis je suggère de lire des biographies ou des romans qui donnent envie de vivre en montrant des personnes qui ont su surmonter des difficultés… de lire des contes, car ils nous enseignent des schémas symboliques de lutte contre le « triste, le noir, le manque d’espérance » en agissant au niveau subliminal où l’on est sans trop de défenses mentales…

Arrive un moment où la victime va réaliser ce qui s’est passé, va cesser de se considérer comme victime, va ressentir de la colère de la fureur, de la révolte contre l’agresseur…Bravo ! Cela veut dire qu’elle retrouve la conscience d’elle-même ! Qu’elle exprime cette colère par écrit, une sorte de lettre adressée à son agesseur, mais qu’elle n’enverra jamais, brûlera quand elle sentira que cela s’es apaisé en elle… Ou devant une personne neutre qui saura recevoir cette colère sans intervenir ou juger, ni la prendre sur elle, avec l’intensité qui pourra libérer l’agressé(ée). Ou encore dans la nature devant l’eau courante d’une rivière aux eaux assez claires. Avec une raquette, taper sur un oreiller bien rembourré en exprimant cette colère peut aussi être libérateur, en gardant un certain contrôle de soi pour ne pas retourner la colère contre soi…Il ne s’agit pas de se mettre à ressasser ses colères, il s’agit d’opérer un retournement en soi pour retrouver la conscience de son existence, de sa responsabilité face à soi-même, de son intégrité, de sa joie de vivre !…Cette colère peut amener à une phase de deuil envers le fait que jamais l’autre, l’agresseur ne se repentira, ne présentera jamais des excuses…Il y a à se tourner vers ses besoins, faire des projets, seul, avec d’autres…et constater qui a vraiment été ami(e) durant cette période de difficultés…Une autre phase très importante va demander de comprendre pourquoi et comment on s'est mis dans la situationd'être ainsi manipulé(ée), voir à quoi cela nous relie de notre vie  passée, l'enfance en particulier, voir ce qu'on a réédité, en espérant que par cette relation on recevrait enfin l'amour et la reconnaissance dont à a manqué autrefois...Il ne s'agit pas de passer des mois et des mois à ressasser, là non plus, il s'agit de décrypter les mécanismes dont nous étions porteurs, de les analyser et des les transformer !  Particulièrement en apprenant à repérer les manipulateurs(trices). Comme on a été échaudé(ée), des signaux d'alerte vont se mettre à fonctionner pour nous avertir du danger, pas seulement du danger que représente cette nouvelle rencontre, mais surtout de cette tendance que nous avons eue, et savoir la désamorcer très vite...

Même s’il est difficile de prévoir combien il faudra de temps pour se reconquérir, on peut tabler sur un à deux ans, à condition de s’y mettre, en renonçant aux bénéfices secondaires que peut apporter ce genre de situation après les avoir repérer et en avoir le côté "maléfices" !

Il peut bien sûr arriver qu’on ne puisse pas quitter l’autre, ni la situation… Il va falloir s’armer de courage, et apprendre à ne pas se laisser faire, à ne pas accepter les petites phrases moqueuses, dévalorisantes, les coups de griffes,, les moments ou l’autre exige avec froideur et ne donne rien, ni tendresse, ni reconnaissance. Une manière de désamorcer la manipulation est de dire cette petite phrase "Tu penses comme ceci, ou tu dis cela, ou tu me demandes cela, c'est ton droit, mais ce n'est pas ce que je pense, ce n'est pas ce que j'a voulu dire, ce n'est pas ce que je veux faire..."

Il faudra surtout apprendre à se construire une vie en partie en dehors de la relation….Il pourra  bien sûr arriver qu’il y ait des moments d’accalmies, des moments d’intimité et de partages…Mais il ne faudra pas trop se faire d’illusion sur la réalisation  des rêves qu’on peut porter en soi… Seul l’âge finira bien par adoucir un peu le côté âpre et difficile de la relation, pour donner un peu de rondeur à la vie…



09/07/2012
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