marie-martine mestre

LE COBRA DU BOUDDHA

 Le Prince Siddharta était devenu le Bouddha, l’Eveillé, celui qui était allé au bout de la souffrance en en comprenant les causes jusque dans les dernières ombres de son esprit, celui qui était allé au bout de cette recherche du bonheur ultime qui anime tout être sensible et des causes sans conditions qui permettent de trouver ce bonheur…

 

L’esprit libre et lumineux, installé en plein désert, Il est assis sous le soleil de son Inde natale.  Un orage gronde, la pluie se met à tomber, un déluge de pluie comme toujours durant la mousson… Impassible il reste absorbé en méditation profonde, son esprit est devenu miroir des phénomènes sans être perturbé….le sol n’absorbe plus ces trombes d’eau qui commencent à faire de larges flaques…Sous Lui, un énorme cobra sort de terre, s’enroule sur lui-même en formant un trône, isolant le Bouddha de toute cette eau qui s’accumule. Puis se dresse peu à peu…Le Bouddha sourit, le regard intérieur ouvert paisiblement sur le monde, ouvert sans limite ni restriction sur la danse des phénomènes. En s’élançant derrière Lui, le cobra suit la colonne vertébrale, son cou enfle et forme une immense capuche pour abriter la tête du Bouddha, Le protéger de la pluie diluvienne…. . En Asie du Sud-Est on a souvent représenté cette belle histoire, sans doute une légende chargée de symboliser un profond enseignement…

 

Il y a des années de cela, j’avais découvert d’imposantes statues de granit, exposées au Musée Guimet, le représentant  sourire ineffable protégé par un ou plusieurs nagas, ces grands cobras mythiques de l’Asie qu’on imagine être les gardiens de ces trésors  mystérieusement enfouis dans les entrailles de la Terre.. En voisine, je me rendais souvent à pied au Musée  pour passer un moment à méditer assise par terre face à ces statues… Les gardiens me laissaient faire, à cette époque là on n’était pas si sévère quant aux règlements du musée… Chaque fois, c’était pour moi un moment d’enseignement comme un échange sans mot entre ces représentations accompagnées de leurs cobras et moi ….Cela m’inspirait pour cultiver et trouver la stabilité de l’esprit au milieu du flot des visiteurs….

 

Récemment j’ai fêté mes 70 ans. Au dessert, un énorme paquet est arrivé sur une chaise à côté de moi…. Des amis m’offraient une magnifique et grande statue de Bouddha sculptée d’un seul tenant dans du bois de teck, faisant le moudra de l’enseignement, protégé par le cobra au capuchon très largement déployé…

 

Surprise…Lâcher prise….le mental se tait, accueille….Le cœur se laisse enseigner….

 

 Contraste puissant entre l’expression terrible du cobra hérissé de courroux, gueule grande ouverte, le visage lisse et l’infinie douceur du sourire du Bouddha…

 Paradoxe, comme peut l’être un koan Zen…

Double mouvement : le cobra renvoie brutalement le spectateur à lui-même, à ses peurs, à la faiblesse de son pouvoir et de sa foi morcelés, à ses doutes, à ses duplicités dans les engagements…. Le Bouddha attire et donne envie de se réfugier en Lui, de participer avec confiance à la simplicité, à la bonté, à la paix  qui émane de Lui en éveillant le désir de cette paix en soi-même….

 

On raconte donc que,  plongé en méditation profonde, une pluie diluvienne s’est abattue sur Lui. Aucun arbre en vue pour s’abriter….Ce cobra énorme, le roi des cobras, est sorti de terre, son corps roulé en anneau pour lui faire un trône. Il s’est dressé derrière Lui, le cou s’enflant en un large capuchon, sans interrompre le cours de la méditation du Bienheureux….Ce cobra roi des naga, était le détenteur et gardien des trésors enfouis dans les entrailles de la Terre, dit la légende….

 

Beau symbole,  révélant peu à peu au cœur de l’être une vérité indispensable à la justesse de notre cheminement sur la voie de l’éveil…

 

« Si tu vois le Bouddha en chemin, tue-le »

Sur ton chemin d’Eveil, tu es seul, reste-le.

 Tous les enseignements que tu as pu recevoir sont ta nourriture spirituelle, qui n’a de valeur que lorsque tu la fais tienne et la digères au fur et à mesure que tu l’utilises pour suivre ton chemin…Si tu gardes les enseignements en mémoire sans t’en nourrir et agir, comme un avare peureux garde ses trésors enfermés dans une cassette, ils te seront un poids aussi encombrant que de lourds bagages, freinant ta marche….

Si au début du cheminement intérieur on s’accroche aux conseils, aux enseignements, comme un enfant tient la main de sa mère pour apprendre à marcher, c’est bien normal. Pour le tout petit il faut bien que son système nerveux et son imaginaire se développent en sécurité, que son corps apprenne la marche et l’expérimente pour aller explorer le monde ! Qu’au début du chemin, on tienne fermement la « main » du maître et celle des enseignements comme un enfant, c’est plus que normal… Car il faudra bien s’entraîner à comprendre et expérimenter les vérités de base et les préceptes d’éthiques. Cela dit, il sera nécessaire de se mettre aussi à réfléchir, examiner ses doutes, ses résistances et ses capacités et décider les attentes ou les engagements vis-à-vis de soi….Se prendre soi-même en main, en appeler à ses propres forces si l’ « on prend la route » décrite par la parole du Bouddha.

J’avais été invitée à participer au baptême d’une toute petit fille qu’on allait baptiser en l’ondoyant dans l’Ardèche… Son papa la portait contre lui comme un trésor… Nous marchions le long de la rivière, passant le long d’une falaise… A côté de nous une très grosse couleuvre glissait sur la terre, puis tranquillement elle s’est dressée et s’est élevée avec une incroyable fermeté, ondulant légèrement, pour grimper ensuite sur le tronc d’un petit arbre qui se trouvait au dessus… Cela m’avait beaucoup frappée de voir qu’elle s’élevait pratiquement sans prendre appui sur la falaise, propulsée par sa propre force…

 

C’est sans doute cette force que les Lamas Tibétains, en particulier, appellent « wang ». Lors que quelqu’un décide de suivre la voie du Bouddha, de manière effective tout en étant enseigné et soutenu, il devra vaincre ses peurs de lâcher des attachements, les effets néfastes des émotions dans leurs aspects négatifs  et développer peu à peu une force « wang » de plus en plus ferme… Pour que se dresse en lui « le cobra », celui qui accompagne le développement de l’Eveil…Pour aller explorer son monde intérieur, développer la présence au monde, impossible de rester un enfant apeuré…impossible de vouloir s’accrocher à un tuteur comme un pied de tomate qui sans lui se traînerait par terre… Lorsqu’on plante un jeune arbre, le tuteur qu’on lui adjoint ne restera pas à vie ! Il sera là pour le soutenir  juste le temps de son temps de baliveau !  Il continuera ensuite de se développer et de se dresser de sa propre force…  Tiens un arbre ? Tiens un serpent ? 

 

Comme je dois partir animer un séminaire « mandala » en Provence, je suis obligée d’arrêter là, mais j’écrirai la suite mardi, dès mon retour !!!

 



21/10/2011
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