marie-martine mestre

MARCHE AVEC TES PIEDS

MARCHE AVEC TES PIEDS

C’est l’évidence même, n’est ce pas ? 

Et pourtant, combien de fois je ne suis pas vraiment dans mes baskets, combien de fois ma tête pense avec les idées des autres sans les mesurer ni les digérer et va bien trop vite pour mes pieds, va bien ailleurs que là où marchent mes pieds, bien trop loin ?

C’était à Montchardon, j’avais passé de beaux moments à partager des idées, des impressions avec un homme amérindien venu prendre des forces neuves en ce lieu. Son pèlerinage l’appelait ailleurs, et au moment de se dire au revoir, regard dans regard, il me dit « dans ma tribu, quand nos chemins se séparent nous nous disons adieu comme cela : "que la terre sous tes pieds soit ton chemin » J’avais trouvé cela joli comme manière de se dire au revoir, puis cette petite phrase, portée par le regard de cet homme, est restée présente en moi comme on garde en bouche un noyau après s’être régalé de la cerise. De la langue on le fait glisser dans un coin de la bouche, puis dans un autre coin, encore et encore. On en a épuisé le goût, mais il fait saliver, cela désaltère, nettoie, fluidifie, rend la voix plus douce…Et l’on peut marcher sans presse ni fatigue, la pensée comme rassemblée bien tranquillement par ce petit rien qu’est le noyau que l’on suce sans y penser…  Le souhait de cet homme s’est niché en moi et ressort par moments, me rappelle mes plantes de pied sur le chemin que je suis en le créant pas à pas, me reconnecte à mon rythme personnel quand la vie s’agite inconsidérément, quand la vie parait immobile et morose, figée….En mouvement sur mes deux pieds, dans mon rythme, dans le balancement provoqué par le pied gauche puis le pied droit avançant, s’entraînant  l’un à la suite de l’autre. Tandis que l’un se pose et repose sur la terre, l’autre s’élève un peu et s’élance en avant, chaque mouvement se propageant dans tout le corps. Mes plantes de pied racontent à mon cerveau la terre sur laquelle elles se posent et le mouvement qu’elles impulsent… alternativement et ensemble… Il ne peut y avoir l’un sans l’autre, l’empreinte sur la terre et le bout d’espace que décrit l’autre plante pendant ce temps….chaque plante de pied exprimant l’espace-ciel et la terre, à tour de rôle. L’espace-ciel déjà présent appelé par la terre, la terre déjà présente appelée par l’espace-ciel…. Mes plantes de pied répondant à ces appels et les dansant, créant le chemin. Le cheminement ? Bien sûr le cheminement sur la terre, provoquant le cheminement de ma pensée, de tout mon être dansant la marche. Danse des muscles, des glandes, du sang dans les veines et les artères, des ligaments mieux huilés, du squelette, des sens plus ouverts et des poumons réjouis par le supplément d’oxygène….Les émotions s’apaisent, se supportent entre elles, les bouts de tempêtes intérieures deviennent houle plus paisible, la vie en moi redevient ondulation, la moelle épinière vibre dans un double mouvement, bas et haut enlacés … ma pensée peut à nouveau s’écouter et s’entendre à mon rythme. Je redeviens présente….Sans le savoir je suis Tao, et même si je le sais, sans me prendre les pieds dans les écrits philosophiques et les théories, je suis danse dans la danse, dualité magnifiant l'Unité. Ma danse redevient l’expression du je aimant-aimé ….Marchant, je glisse sur la terre, un peu au dessus, « paseando » suivant l’expression espagnole, comme on dit que se déplacent les fées... Et même souvent en chantant !  Enchantée ? Que la terre sous tes pieds soit ton chemin ! Tournant autour d'un temple en Inde, ou visitant un palais, glissant mes pas entre les pieds qui me précédaient et ceux qui me suivaient, ressentant ce mouvement comme un serpent d'énergie unique, je ne pouvais me perdre et me diluer dans ce mouvement, par la grâce de la conscience de qui je suis sous le regard de la Divinité en moi.



09/06/2011
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