marie-martine mestre

MEMOIRE DES ARBRES (fin)

Quand nous pensons à notre arbre, nous n’avons vraiment pas envie de le saccager ni de le blesser, mais nous avons plutôt envie de l’observer pour le comprendre, l’admirer, le protéger, faire ce que l’on peut pour qu’il vive bien. L’essor de la vie a dépendu et dépend toujours, par exemple, de leur capacité à purifier l’air d’un trop de gaz carbonique en nous offrant notre indispensable oxygène, sans parler de toutes les richesses qu’il met à notre disposition : son bois, ses feuilles, fleurs et fruits, racines et écorces, parfums…Il y a une telle générosité en eux ! Générosité ? Oui ! Nous en avons à peine conscience, car nous prenons et nous servons de tous ces cadeaux, nous si doués d’intelligence pour imaginer comment utiliser tout cela, sans même avoir l’idée de remercier ! C’est une forme d’amour, cette générosité, d’où est absente la dualité. Nous pouvons nous en inspirer pour apprendre à aimer avec plus de tranquillité et de confiance, comme eux. Sans faire de sensiblerie ou d’anthropomorphisme à leur sujet, nous avons à développer la conscience de ce que nous devons aux arbres, et c’est incalculable ! Nous pouvons leur offrir respect et gratitude comme à des parents chéris qui ont pris soin de nous, comme à des grands frères qui nous ont montré la vie…

 

Aujourd’hui 25 novembre, c’est la sainte Catherine durant laquelle, dit-on, tout bois prend racine ! Je ne sais pas trop quel est le lien entre le bois qu’on plante et la sainte, s’il y en a un ! Mais il est vrai que c’est un bon moment pour planter un arbre, car la sève se dirige vers les racines en ce moment, la terre n’est pas encore refroidie, l’air est humide, et même cette année la lune est à son bon quartier. C’est un bon moment pour offrir la parure d’un arbre à la Terre-Mère, comme on offre un bijou à une femme aimée…! Dans ma vie, j’ai planté plusieurs arbres, j’en ai également vu mourir plusieurs…Naissance et mort, c’est le cycle de la vie…Au-delà de cela, il y a la mémoire…Les arbres se souviennent-ils de nous les humains ? Ce n’est pas absolument impossible, si l’on dépasse une rationalité limitative et desséchante. De par le monde, il y a si peu de forêt premières actuellement, à peu près tous les arbres ont été plantés, entretenus de main d’homme, et tant d’arbres ont subi des croisements, des modifications…

 

A propos de la mémoire des arbres je voudrais vous raconter l’histoire d’un arbre assez âgé qui vivait tranquillement dans un jardin proche de Valence. Un magnolia. Aimé et admiré par toute la famille qui vivait là : le grand-père l’avait planté bien des années auparavant, et sa femme devenue grand-mère, par ses fils et ses belles-filles, et par la joyeuse bande des petits enfants insouciants qui l’avaient pris un peu comme une nounou dans « les jupes » duquel ils aimaient jouer. Quand ils jouaient ainsi sous le magnolia pas bien loin de la porte, les parents étaient tranquilles. Grand père est décédé, c’était bien normal car c’est ainsi que se conclue une longue vie. Grand mère a encore vécu un temps dans sa maison, puis elle est devenue trop vieille. On a donc songé à mettre la maison en vente, les enfants se sont occupés de cela. Ils considéraient tous le magnolia avec une profonde reconnaissance pour tout ce qu’ils avaient vécu autour, les jeux, les berceaux à l’ombre, les grandes tablées où l’on avait festoyé pour les noces ou les anniversaires, les après-midi où les femmes triaient des légumes ou cousaient en chœur à l’abri de la trop grosse canicule…Un couple s’est intéressé à la propriété, l’a finalement achetée pour y amener leur propre famille…Grand Mère, avant d’accepter de la leur vendre, a bien recommandé de garder le magnolia, son mari s’en était si bien occupé dans sa prime jeunesse, allant souvent lui « parler en silence » comme auprès d’un compagnon très cher…Les gens ont accepté la close, tout en se disant à part eux que, si la maison leur plaisait beaucoup, ce magnolia ne leur servirait à rien, qu’ils le couperaient un jour, quand la famille se serait intéressée à autre chose…Un arbre, ce n’est jamais qu’un arbre, après tout ! Eventuellement du bois de chauffe, mais pas plus ! La vente a donc eu lieu. Grand Mère s’est éteinte peu après…On l’a enterrée au cimetière de la petite ville. Au retour, les nouveaux propriétaires ont proposé aux anciens de passer chez eux prendre quelque chose de chaud.

 

Stupeur ! Le magnolia était tombé à terre durant les cérémonies, barrant l’accès à la maison, la moitié des racines encore en terre. On l’a déplacé le long de la maison. Ses boutons ont éclos quelques jours plus tard, bien en avance sur son temps habituel de floraison…. Mireïo, l’une des petites filles, devenue une femme à son tour, habitait Paris. Elle a passé des séances et des séances à parler autour du magnolia… Il n’avait sans doute pas envie qu’on l’oublie, ce magnolia… pas plus que d’autres arbres du parc tout près de chez moi…

Un jour, je prends mon appareil photo comme s’il y avait urgence d’aller au parc et de faire des photos. Sans bien y réfléchir, je me suis dirigée vers un bouquet d’arbres en bordure de la mare où poussent maintenant des palmiers et des bananiers…Ces arbres dont j’ignore l’espèce avaient quelque chose d’étrange. A regarder les branches dénudées par l’automne, on aurait dit des bras dressés qui se tordaient pour implorer le ciel. Je les connaissais bien ces arbres et j’allais souvent les voir. Certains avaient des allures d’animaux de la forêt portant de belles ramures… Ces impressions s’accentuaient au fur et à mesure de leur croissance. Je les ai donc pris en photo sous plusieurs angles… Deux jours après, une de mes sœurs vient de sa lointaine campagne pour passer quelques jours avec moi…Nous allons faire le tour du parc, je lui parle de ces arbres. Arrivées au bord de l’étang, rien, un vide dans le paysage…J’ai cru que j’hallucinais… Et pourtant non, ils étaient bien là d’habitude…Une poignée de sciure sortant d’un vague monticule m’a montré que je n’avais pas rêvé, on venait juste de les abattre… j’ai filé chez le photographe récupérer les photos développées. Et j’en ai déposé une sur la poignée de sciure là où les arbres avaient vécu, en mettant un caillou par-dessus à cause du mistral…On aurait bien dit qu’eux non plus n’avaient pas eu envie qu’on les oublie !

Un autre jour, sans que je sache rien, j’ai filé au parc. Un énorme cèdre venait de s’écrouler au fond de la grande pelouse où les gens aiment se reposer. Déjà, des jardiniers bûcherons de la ville s’affairaient pour le tronçonner, enlever la souche…Bien sûr il fallait éviter des dangers aux promeneurs. On allait rapidement combler la béance laissée par l'arrachage de la souche, semer du gazon… On aurait vite oublié qu’à cet endroit un cèdre avait vécu 100 ans, c'était le premier arbre planté pour célébrer l’ouverture de ce beau parc…Pourtant le cédre était une mémoire du parc avec ses 100 années… Il avait même « vu » les premiers vacanciers partir vers la grande bleue, leurs congés payés en poche !

J’ai demandé à l’un des bûcherons de m’offrir un morceau du cèdre, une belle galette de bois odorant, et j’ai déposé dans un coin ce bois humide de sève fraîche pour que la mémoire de l’arbre plane encore un peu sur le parc et ses promeneurs !

 

Je vous propose un jeu : prenez un crayon et une feuille de papier. Inscrivez tous les noms des arbres dont vous souvenez, pendant 5 m

Aujourd’hui 25 novembre, c’est la sainte Catherine durant laquelle, dit-on, tout bois prend racine ! Je ne sais pas trop quel est le lien entre le bois qu’on plante et la sainte, s’il y en a un ! Mais il est vrai que c’est un bon moment pour planter un arbre, car la sève se dirige vers les racines en ce moment, la terre n’est pas encore refroidie, l’air est humide, et même cette année la lune est à son bon quartier. C’est un bon moment pour offrir la parure d’un arbre à la Terre-Mère, comme on offre un bijou à une femme aimée…! Dans ma vie, j’ai planté plusieurs arbres, j’en ai également vu mourir plusieurs…Naissance et mort, c’est le cycle de la vie…Au-delà de cela, il y a la mémoire…Les arbres se souviennent-ils de nous les humains ? Ce n’est pas absolument impossible, si l’on dépasse une rationalité limitative et desséchante. De par le monde, il y a si peu de forêt première actuellement, à peu près tous les arbres ont été plantés, entretenus de main d’homme, et tant d’arbres ont subi des croisements, des modifications…

 

A propos d la mémoire des arbres je voudrais vous raconter l’histoire d’un arbre assez âgé qui vivait tranquillement dans un jardin proche de Valence. Un magnolia. Aimé et admiré par toute la famille qui vivait là : le grand-père l’avait planté bien des années auparavant, et sa grand-mère de femme, par ses fils et ses belles-filles, et par la joyeuse bande des petits enfants insouciants qui l’avaient pris un peu comme nounou dans « les jupes » duquel ils aimaient jouer. Quand ils jouaient ainsi sous le magnolia pas bien loin de la porte, les parents étaient tranquilles. Grand Père est décédé, c’était bien normal car c’est ainsi que se conclue une longue vie. Grand Mère a encore vécu un temps dans sa maison, puis elle est devenue trop vieille. On a donc songé à mettre la maison en vente, les enfants se sont occupés de cela. Ils considéraient tous le magnolia avec une profonde reconnaissance pour tout ce qu’ils avaient vécu autour, les jeux, les berceaux à l’ombre, les grandes tablées où l’on avait festoyé pour les noces, les après-midi où les femmes triaient des légumes ou cousaient en chœur à l’abri de la trop grosse canicule…Un couple s’est intéressé à la propriété, l’a finalement achetée pour y amener leur propre famille…Grand Mère, avant d’accepter de la leur vendre, a bien recommandé de garder le magnolia, son mari s’en était si bien occupé dans sa prime jeunesse, allant souvent lui « parler en silence » comme auprès d’un compagnon très cher…Les gens ont accepté la close, tout en se disant que si la maison leur plaisait beaucoup, ce magnolia ne leur servirait à rien, qu’ils le couperaient un jour, quand la famille serait intéressée à autre chose…Un arbre, ce n’est jamais qu’un arbre, après tout ! Eventuellement du bois de chauffe, mais pas plus ! La vente a donc eu lieu. Grand Mère s’est éteinte peu après…On l’a enterrée au cimetière de la petite ville. Au retour, les nouveaux propriétaires ont proposé aux anciens de passer chez eux prendre quelque chose de chaud.

 

Le magnolia était tombé à terre durant les cérémonies, barrant l’accès à la maison, la moitié des racines encore en terre. On l’a déplacé le long de la maison. Ses boutons ont éclos quelques jours plus tard, bien en avance sur son temps habituel de floraison…. Mireïo, l’une des petites filles, devenue une femme à son tour, habitait Paris. Elle a passé des séances et des séances à parler autour du magnolia… Il n’avait sans doute pas envie qu’on l’oublie, ce magnolia… pas plus que d’autres arbres du parc tout près de chez moi… Un jour, je prends mon appareil photo comme s’il y avait urgence d’aller au parc et de faire des photos. Sans bien y réfléchir, je me suis dirigée vers un bouquet d’arbres en bordure de la marre où poussent maintenant des palmiers et des bananiers…Ces arbres dont j’ignore l’espèce avaient quelque chose d’étrange. A regarder les branches dénudées par l’automne, on aurait dit des bras dressés qui se tordaient pour implorer le ciel. Je les connaissais bien ces arbres et j’allais souvent les voir. Certains avaient des allures d’animaux de la forêt portant de belles ramures… Ces impressions s’accentuaient au fur et à mesure de leur croissance. Je les ai pris en photo sous plusieurs angles… Deux jours après, une de mes sœurs vient de sa lointaine campagne pour passer quelques jours avec moi…Nous allons faire le tour du parc, je lui parle de ces arbres. Arrivées au bord de l’étang, rien, un vide dans le paysage…J’ai cru que j’hallucinais… Et pourtant non, ils étaient bien là d’habitude…Une poignée de sciure sortant d’un vague monticule m’a montré que je n’avais pas rêvé, on venait juste de les abattre… j’ai filé chez le photographe récupérer les photos développées. Et j’en ai déposé une sur la poignée de sciure là où les arbres avaient vécu, en mettant un caillou par-dessus à cause du mistral…On aurait bien dit qu’eux non plus n’avaient pas eu envie qu’on les oublie ! Un autre jour, sans que je sache rien, j’ai filé au parc. Un énorme cèdre venait de s’écrouler au fond de la grande pelouse où les gens aiment se reposer. Déjà, des jardiniers bûcherons de la ville s’affairaient pour le tronçonner, enlever la souche…Bien sûr il fallait éviter des dangers aux promeneurs. On allait rapidement combler la béance laissée par la souche arrachée, semer du gazon… On aurait vite oublié qu’à cet endroit un cèdre avait vécu pendant 100 ans, le premier arbre planté pour célébrer l’ouverture de ce beau parc…Pourtant le cédre était une mémoire du parc avec ses 100 années… Il avait même « vu » les premiers vacanciers partir vers la grande bleue, leurs congés payés en poche !

J’ai demandé à l’un des bûcherons de m’offrir un morceau du cèdre, une belle galette de bois odorant, et j’ai déposé dans un coin ce bois humide de sève fraîche pour que la mémoire de l’arbre plane encore un peu sur le parc et ses promeneurs !

 

Je vous propose un jeu : prenez un crayon et une feuille de papier. Inscrivez tous les noms des arbres dont vous souvenez, pendant 5 minutes.  Puis pour chacun, notez en gros comment vous l’avez rencontré, ce que vous avez vécu à ses côtés ou grâce à lui…. Je parierai que vous allez vous vous apercevoir que vous avez beaucoup plus d’amis que vous ne le pensiez !!! et même, peut-être bien que vous vous rendrez compte que certains vous ont sauvé la vie, comme me l’a raconté un ami…

 

A la sainte Catherine tout bois prend racine… C’est dit ! Je vais sortir une bignone de son pot où elle végète depuis plusieurs années pour la planter en pleine terre au pied d’un palmier déjà bien haut. En souhaitant qu’il la prenne pour compagne et lui permette d’enlacer son tronc en lui offrant une multitude de fleurs exubérantes tout l’été !!!



27/11/2011
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