marie-martine mestre

PAR LE SILENCE, LA PAROLE (psychanalyse et spiritualité)

 

 

PAR LE SILENCE, LA PAROLE ET LA VIE CONSCIENTE

(Psychanalyse et spiritualité)

 

 

Au commencement du cheminement,  la parole souvent abondante raconte la vie…Puis arrive le silence… « Voilà, je vous ai tout dit » annonce la personne allongée sur le divan, là, en attente. Comme dans l’attente d’une opinion, de réflexions, de questions…

 

L’espace autour de soi, assis sur un rocher, regardant de tout en haut le paysage, là-bas au loin de l’horizon…Pas de bruit, aucun son, le silence à respirer à pleins poumons, à plein pores de la peau…

 

Ils sont là tous les deux après le film… pensées flottantes, bien ensemble dans leur silence.

Ils ne se disent rien, mots superflus, ils sont un seul et deux cependant à digérer l’histoire et les images…

 

Le silence… tout le monde connaît le silence et sait bien que c’est quand on n’entend rien et qu’on ne dit rien que l’on peut parler de silence…

 

Et pourtant ce n’est pas aussi simple que cela… Il y a tant de formes de silence !

Le silence est-il mutisme ? Absence de paroles ? Empêché de paroles

Lorsque le silence se fait en psychanalyse, après avoir « tout » raconté, c’est là que cela va commencer…Peut-on parler de mutisme ? Non, certainement pas ! Du moins, pas d’emblée.

On peut facilement dire qu’il n’y a pas rétention de mots, simplement la personne a l’impression qu’elle est arrivée au bout d’elle-même, il n’y a plus de mots, au-delà c’est silence. Un silence de mots pas encore nés pour elle… « Dans ma famille on connaissait les mots de l’amour. Mais on ne les disait jamais, comme si chez nous on n’en avait jamais eu l’usage, comme si ce n’était vraiment pas pour nous qui étions de simples gens » me disait un jour un homme au cours de son travail intérieur…Des mots pas encore nés, des mots qui n’avaient encore jamais poussé leur cri de naissance plein de ressentis, d’émotions, de sensations…Juste des mots rangés dans la boite à vocabulaire, des concepts portant encore le sceau « n’a jamais été utilisé »…Des mots jamais dits parce qu’ils n’avaient jamais pu être entendus, accueillis ; écoutés au risque d’émouvoir, de bouleverser celui qui les accueillerait, et se perdrait dans un silence de « vie pas encore vivante », que j’appelle la « Mère Noire », ce lieu de l’âme où la parole est enterrée dans le granit sombre du silence douloureux des secrets, des hontes, des culpabilités, de tout ce qui nous lie à notre entourage présent et souvent passé,  en creux mortifères, en manques, en frustrations…

C’est à ce moment là que tout va pouvoir commencer dans la sortie maladroite du silence, hésitante comme lorsqu’un tout petit au système immunitaire déficient sort pour la première fois de sa bulle aseptisée où il a vécu des mois et des mois pour ne pas risquer d’infections… Le bébé tâtonne mains en avant, avant de pouvoir s’approprier l’espace, toucher les gens…  Sur le divan, la sortie du silence ressemble à cela… les mots hésitent, ne savent pas encore très bien quel est leur espace de signification personnelle, comment ils vont toucher l’autre, donner à sentir que la personne devient vivante de sa propre vie libérée du poids des autres, et peuvent soutenir le sentiment d’être quelqu’un à part entière, se dressant peu à peu dans son désir et son identité, sa propre représentation de la vie…Et c’est là que le silence de l’analyste devient matrice pour celui qui émerge du silence, souvent inconscient, qui l’écrasait… un silence fait de chaleur, d’empathie, respectueux au point de savoir par la parole retenir la personne dans un cadre viable et créateur où ses démons et ses fantômes ne redeviendront pas envahissants, où l’être en gestation ne risque pas d’être à nouveau englouti..…

En tibétain, le mot « koupkia » a deux sens : muet et idiot…. Muet parce que empêché de dire, écrasé sous le poids d’un héritage très lourd qui rend le cerveau émotionnel et affectif paralysé… On s’étonne souvent de constater qu’une personne, aux connaissances étendues doublées d’un intellect très brillant, se lance dans des aventures affectives immatures et infantiles…On peut être d’une intelligence mentale hors du commun tout en étant idiot et muet du cœur, sans trop de sentiment d’identité personnelle… Ce qui d’ailleurs fait le beau jeu des recruteurs des sectes qui utilisent ces dispositions pour enrôler des gens en manques affectifs…Le silence affectif sera rempli, gavé de « catéchismes » qui tiendront lieu de maturité et de sentiment d’être quelqu’un d’unique et capable de relations dans la liberté créative du cœur.

 

Bien sûr, nous aimons le silence ! Le silence extérieur !  Celui qui nous saisit dans un lieu où l’on ne perçoit plus de sons ou de bruits… enfin presque !  Dans certains TGV un wagon est réservé au silence annoncé par un panneau « espace de silence ». Oui bien sûr, silence qu’on se doit de respecter en parlant peu, à voix basse, où le portable doit rester muet…Mais le ronron des moteurs est bien présent, par exemple, dans le silence relatif de ces wagons !!!

 

Il y a des silences presque parfaits dans la nature, en particulier en montagne, quand on est très haut, assez loin de tout…On reprend la conscience de ses dimensions personnelles, ces dimensions intérieures qui font qu’on se reconnaît comme étant bien soi, se délestant des tensions qui nous déforment, contactant le ressenti des vibrations profondes qui nous animent dans la fluidité subtile de notre souffle… dans la tendresse naturelle de notre être, tendresse ressentie pour soi, tendresse spontanée envers les êtres dans la fibre même de nos capacités d’harmonie paisible, chaleureuse, lumineuse… On se vide, on se découvre plein ! D’un plein de possibles…

 

Il y a quelques dizaines d’années des amis psychanalystes me posaient des question à propos de la récitation des mantra, se demandant bien comment cela pouvait aider les gens sans « asservir » leur esprit à des pratiques religieuses plutôt étranges puisque ces « phrases » que l’on répète n’évoquent rien pour notre intellect !   Les mantra étaient- ils des sortes de calmants, des sortes d’anxiolytiques inconnus chez nous ? Des paroles qui n’en sont pas puisque ça ne s’adresse pas à quelqu’un mais dont la répétitivité endormirait le mental….

Alors ? Quand on entend quelqu’un « réciter » un mantra à voix haute, bien sûr la personne essaye de le faire consciencieusement, en prononçant bien les syllabes…Pour le mémoriser, se familiariser avec sa répétition, se l'approrier en quelque sorte jusqu'à en faire l'expression de quelque chose devenu précieux en soi, une sorte de clé sacrée pour ouvrir la porte de la paix de son esprit… mais ce que l’on ne voit pas, c’est tout ce qui se passe et ce qui c’est passé en amont, en elle…C’est tout ce qui donne sens à cette pratique d’éveil et qui fera qu’il ne s’agit pas de méthodes pour s’étourdir jusqu’à « oublier » ce qui rend anxieux, angoissé, parano… D’une part le mantra doit être transmis par quelqu’un qui a l’habitude de le pratiquer, un Lama autorisé à le faire, dont l’être subtil s’est accordé à ce mantra, non plus comme son à écouter, mais comme vibration sonore qui l’anime au plus profond de lui…D’autre part la récitation du mantra s’appuie sur une visualisation en image et sur une visualisation de la circulation des souffles dans le corps subtil, très codifiées…L’initiation à ces pratiques : mantra, visualisation, souffles, seront transmises au cours de cérémonies appelées initiations, c'est-à-dire transmission de pouvoir. Il ne s’agit pas de pouvoir temporel, bien entendu, ni de pouvoirs magiques, mais de la bénédiction et de l’autorisation d'entrer dans la pratique pour laquelle on reçoit l’initiation, avec le soutien et la protection de celui qui donne l’initiation, l’autorisation de cheminer avec le mantra jusqu’à en obtenir les fruits, les résultats intimes et secrets dans son arbre de vie en quelque sorte…

C’est là aussi que tout commence…

Soutien et protection seraient nécessaires ?

Oui, car la pratique des mantra, le mantrayana, est un moyen très puisant pour se "trouver" en lâchant tellement de croyances.  Le mantra est dit à voix haute, au début, pour qu’on puisse l’apprivoiser, que le mental s’y reconnaisse et se calme après s’être bien souvent beaucoup agité. Mais peu à peu il va n'être que murmuré… "murmurer le mantra en plaçant sa voix entre son cou et le col de sa chemise", c’est la recommandation qui est donnée !  C’est presque déjà du silence… Au fur et à mesure que le travail de visualisation, des souffles, va se poursuivre, le mantra va devenir silencieux et de plus en plus actif dans la profondeur de l’être.. Eveillant des couches de plus en plus profondes en soi, de plus en plus subtiles…Ebranlant des strates et des assemblages de schémas psychologiques qu’on croyait dur comme fer être nos vérités, comme des traits indestructibles de notre personnalité… Avec des passages émotionnels qui risquent d’être « chauds et costauds », et difficiles à négocier, sans l’aide du Lama.  Ou du Psy pratiquant…Le but du mantra est d’éveiller l’esprit à sa propre nature… L’esprit est bien souvent engourdi, enterré dans son granit de souffrances…Energies bloquées qui étouffent la circulation des souffles ou l’accélère au contraire de manière un peu folle… Le mantra va peu à peu ébranler ces blocs, ceux sur lesquels on s’appuyait en pensant « ça c’est ma vérité, ma nature » alors que ce ne sont que des échafaudages, des schéma obsolètes de la psyché… Et c’est là que la présence du Lama est indispensable, éventuellement celle du psy…Sans oublier la pratique de l’éthique, ce mode d’emploi pour la vie des êtres humains qui va donner des règles intérieures indispensables comme des gardes fous, surtout lorsque ça se met  à chahuter…

Le silence dans lequel on s’engage pour faire une retraite spirituelle devient nécessaire pour qu’elle puisse permettre d’atteindre des couches de soi jusque là inertes, dévoreuses d’énergies pour perdurer…Le silence, d’état subi par quelqu’un,  devient un moyen très puissant, pour se trouver certes, mais surtout pour que l’esprit se dégage, que l’on perde peu à peu ce sentiment d’être un « moi je » réducteur, empêchant la vision ample et vibrante pénétrant dans les replis de la vie de l’univers, l’univers intérieur tout autant que l’univers qui nous entoure, empêchant d’en faire l’offrande à l’accomplissement de l’Eveil…Il y a toujours des paroles, des mots, mais plus autant de mots creux, de mots paravents, juste ce qu'il faut pour être avec...…Cela devient une parole "vraie".  La communication se fait dans la présence participante…

 

Le dimanche, lorsque je suis seule, j’apprécie de jeûner… Jeûne de mes propres mots et paroles, pour reposer ma capacité d’écoute…Car le sens et l'intention portés par les mots des autres, leur parole,  peuvent être divisés entendus à différents niveaux dissociés, en désaccords intimes dans leur être et devenir difficiles à écouter…Bien sûr, mon oreille vibre aux mots, intonations et souffles des autres, à tout ce qui fait leur parole… Je devrais dire tout mon être à ses différents niveaux vibre à l'écoute de l’autre, vibre de l'autre…Mon oreille vibre également à mes propres mots et paroles… oreille externe dont le pavillon accueille, oreille moyenne derrière le tympan dont les osselets minuscules vibrent pour transformer les « mots » en vibrations dont l’énergie sera transmise aux neurones dans le cerveau à partir de l’oreille interne.. C’est un peu schématique comme explication, mais ça marche ! Cela fonctionne aussi bien pour les mots que je dis à voix plus ou moins haute que ceux qui me sont dits…C’est à cause de ce phénomène que « ça marche » en psychanalyse : sur le divan, en parlant depuis des aspects encore inédits de moi à des aspects de moi qui ont besoin de se mettre à vivre plus intensemment, je me fait naître à moi-même par l’intermédiaire de l’écoute de l’analyste… Une écoute vivante, aussi souple que possible et bien organisée dans la pensée, soutenue par l'expérience et les connaisances…

Jeûne de mots dans le silence pour laisser danser plus librement mon écoute au jeu de ce tambour qu’est mon tympan !

 

Pour chacun, il y a tout ce qu’il peut entendre et écouter, tout ce qui lui est audible…

Tout cela vient habiter le silence, un espace très subtil qui fait que l’écoute sort de la bouillie sonore que pourrait être la vie, différencie cette bouillie en sons, en bruits, en mots, en cris, roucoulements, gémissements, toutes expressions de la vie qui s’en prend aussi bien à l’écoute qu’au regard, fait frissonner la peau et les narines, active la salive et les hormones. Nous raconte ce qui se passe ! Et nous donne la possibilité de le maîtriser, d’en maîtriser peu à peu les conséquences…

 

Je viens de voir le film de Carlos Saura « flamenco flamenco »

Dans ce film un chanteur m’a bouleversée…Vraiment… Son regard jaillit de la folie, halluciné par instants, il ne s'adresse à personne, son chant est sauvage, encore inarticulé par moments, envahi par des pulsions à l’état brut en même temps reconnues comme base psychique à la racine de notre humanité…Pas de guitares, pas de claquements des mains ni de frappements des pieds… Juste ce hurlement de la vie qui émerge du chaos, rythmée par le martèlement d’une masse sur une enclume éclairée par les flammes de l’enfer des terreurs, des jalousies, des affolements d’où sort notre humanité se forgeant une conscience… Silence tonitruant du chaos dans lequel nous amèneront peut-être certains évènements, certaines rencontres…

Je pense là, par exemple, au chemin spirituel que suivit, ou plutôt qui s’est déroulé pour Saint Jean de la Croix, pour citer quelqu’un de connu qui puisse donner à se représenter ce dont je veux parler… Un autre film m’a parlé du silence. Il s’agit de « Kelin », un film du Kazakhstan. Qui nous emmène dans du silence, un silence épais, chargé de vie instinctive à l’état brut, dans un paysage dénudé, sauvage, glacé, seulement adouci par les manteaux de neige qui recouvrent tout, comme les êtres humains le sont par les fourrures de leurs manteaux rudimentaires. Silence de la vie qui ne se pense pas encore dans les méandres de l’intellect, mais se déroule dans la vie des tripes où l’émotion émet juste des grognements, des soupirs et des cris, des gémissements qui ont plus l’air de faire écho à la nature dans ce qu’elle nous donne à écouter que d’être des essais de communications… Cela viendra plus tard, avec l’apparition de la douceur, de la tendresse, du sentiment de la mort prévue pour un jour à venir  et du besoin de la présence de « Ma », maman, mama, mutter, ama, mother, mare….Du moins, on peut le supposer… Le silence devient habité…Là des mots ont pu naître...

 

Méditer nous apprend à apprivoiser le silence, ce qui est en quelques sorte non encore né de la vacuité….Vacuité, Grande Mère, déjà porteuse des sons germes de la vie de l’esprit et par le jeu des éléments germes de la vie ordinaire, celle que l’on appelle samsarique dans les différents stades et phases de l’incarnation…

Regards vers le bas, encore emprisonnés dans la matière lourde, dans les métaux lourds de notre psychisme. Véhémence de la parole de celui qui souffre, veut avancer comme il dit. Il lui faudra bien apprendre peu à peu qu'on n'avance pas, qu'on sélève, qu'on s'allège... Regards qui s'élèvent, matière qui s'allège au fur et à mesure du travail intérieur.... Plus de paix intérieur, la voix réclame moins du fin fond de l'accablement de l'être...une harmonie se dégage au fur et à mesure que les conflits avec la vie s'apaisent... La voix devient harmonieuse, des harmoniques lui donnent sa tessiture, douce et claire...Le bourdon de fond qui la brouillait s'est effacé...C'est la voix de celui ou de celle qui s'est apaisé, qui a perçu qu'il a développé des moyens pour apaiser les autres en souffrance... "Dîs seulement une parole, et mon âme sera guérie"  Vous vous souvenez de cette parole ?

 

Quand on regarde les étoiles dans le ciel, qu’on devine les planètes dans l’obscurité de la nuit, il y a silence…Ce monde de l’espace intersidéral est un monde de silence absolu, semble-t-il à nos oreilles, qui sont comme des mini-micro-téléscopes tournés vers l’interrogation à l’univers qui nous entoure…Y a-t-il d’autres formes de vie ? Comment puis-je compter dans ce vaste monde ?Quel sens tout cela peut-il bien avoir ?

 

Pour nous la vie est sons…. L’air que nous respirons, qui entoure notre planète, l’atmosphère  qui nous est comme un cocon, permet la propagation des ondes audibles à nos oreilles ou par nos machines, nos instruments de mesures de plus en plus sophistiqués…Mais au-delà, il n’y a plus d’air, plus de propagation possible de sons… Silence de la vie.

Sans doute pas d’une vie identique à celle de notre Terre ?  Ce qui serait silence pour nos oreilles, serait donc signe d’absence de Vie ??? Des radiotélescopes géants, un peu partout en des points très élevés de notre Terre, là où l’air est assez léger pour que l’on puisse capter des signaux émis dans l’univers, cherchent des réponses .... Et transforment le silence des grands espaces, silence en quelque sorte obligé par manque des molécules qui composent l’air, en signaux sonores audibles pour nos oreilles de terriens, avec toutes les projections que l’on peut imaginer, celles des chercheurs astronomes, des amateurs de sciences fiction, celle du commun qui voit son imagination piétiner à des niveaux qui restent rassurants !!! 

 

Faire émerger l’univers de ce silence, pour se familiariser avec ? Le sentir moins étrange, moins étranger ? Oser le considérer comme nôtre … Notre quoi, au fait ? Notre Terre ? Non, ce serait le réduire aux lois et codes de notre planète…Il y a bien d'autres formes à venir, dans notre vaste univers infini... Univers qui dans le silence  ne demande qu’à « habiter » notre esprit pour qu’on y sente naître les formes et les murmures de la Vie qui parle et se raconte aux tréfonds de nos cellules…Enfants des étoiles que nous sommes sans doute, en même temps si proches de ce chanteur semblable à celui qui au fond de nous est en train de naître à l’humanité, nous avons besoin du silence; du silence qui vit en nous dans l’ADN autant que dans l’Espace, l'Espace qui vit en nous puisque nous sommes poussières d'étoiles, pour qu’advienne ce qui n’a pas encore émergé de la vacuité, de l’amour…Silence lumineux, révélé par l'arc en ciel mais tellement au delà de l'arc en ciel, matrice de toutes les créations possibles….

 

A Valence, le 12 mars 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



12/03/2012
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