marie-martine mestre

VIN D'HYPOCRAS

VIN D’ HYPOCRAS

 

Rien qu’en entendant ce nom, on se met à rêver !!! Devant nos yeux défilent gentes dames en hénin, preux chevaliers épuisés par les combats, ménestrels aux gosiers secs d’avoir tant chanté, Grands Seigneurs paternels siégeant à table, leur épagneuls couchés au pied !!!   Vous entendez les chants des troubadours, leurs cabrioles ??? Quelque jeune fille à la voix claire susurre des chants d’amour….François Villon, mignonne allons voir si la rose, adorait ce vin…, d’Artagnan l’appréciait pour se donner du cœur à l’ouvrage et tester ses amis…. Gilles de Rai l’affreux amoureux de Jeanne d’Arc en buvait plusieurs litres par jour… Louis XIV ne s’en privait pas à l’occasion…

 

Oh je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps, en voici la recette !

D’abord réunissez sur la table tout ce qui va vous être utile pour la préparation :

 

Le matériel : 1 petite planche à découper  -  1 petit couteau bien coupant  -  1 mortier plutôt en pierre ou en marbre qu’un en bois, et son pilon. Mais si vous n’en avez qu’un en bois, ça marchera aussi. –

1 très grand bocal de 1 l et 1/2 dont le caoutchouc est neuf , ou un grand saladier -  1 grande cuillère pour remuer  -  1 c à c. pour doser les épices -  1 entonnoir avec 1 goulot assez large. Je n’ai pas essayé, mais peut-être qu’un entonnoir à confiture ferait très bien l’affaire ! -  1 torchon propre, blanc de préférence et fin , ça fait plus propre !!!  euhh, j’allais oublier : 1 paquet de kleenex, vous verrez pourquoi !

 

Les ingrédients : 2 cuillères à soupe de gingembre confit coupé en très petits morceaux ou autant de gingembre frais très finement émincé.  -  2 c à c de grains de coriandre  -  5 à 10 clous de girofle suivant qu’on les apprécie un peu ou beaucoup – 1 c à c de cannelle en poudre  -  du poivre noir en grains dans le moulin -  200 à 400 gr de miel liquide.  Mais surtout pas du miel de sapin, de lavande ou de chataigner, trop goûteux !  -  75 cl de vin rouge. Il faut le choisir de la façon suivante : pas trop fort en tanin, doux au goût et qui accepte de bien se marier avec les épices !

 

La confection :Commencez par découper le gingembre en petits morceaux, confit ou frais ou un peu des deux. Jusqu’à en avoir 2 bonnes c à c.   Dans le mortier vous mettez 6 ou 7 clous de girofle, ou plus si vous appréciez, et 2 c à c. de grains de coriandre. Pilez-les ensemble, les graines se cassent assez facilement, les clous un peu moins… En humant au dessus du mortier, devinez si le mélange clous de girofle et coriandre est équilibré… Si le parfum des clous domine, ajoutez des grains de coriandre que vous pilez aussi. Puis faîtes 5 tours de moulin pour libérer de la poudre de poivre noir…humez et équilibrez ces 3 parfums si n(ez)cessaire !  Eh oui, c’est presque un travail de parfumeur qui demande d’ « avoir le nez » ! Aâââtttchoummm ! Vite un kleenex ! Je l’ai bien ce nez, mais très réactif !!! Bon on fait ce qu’on peut ! Et c’est parfait !  Ajoutez la cannelle.  Versez le vin dans le récipient, puis ajoutez le gingembre, et ensuite une bonne partie des épices, en en gardant de côté pour rectifier si nécessaire. Laissez les épices flotter à la surface du vin, ajoutez 2oo à 300 gr de miel liquide suivant que vous avez le bec sucré ou moins…Bien remuer en faisant remonter le miel à la surface s’il est tombé au fond pour le faire dissoudre en se mêlant aux épices…. Vous pouvez aussi faire à peine tiédir le miel dans un tout petit peu de vin, remuez, ajouté au vin… Mais voilà, c’est la solution de facilité et pas la meilleure… car ce lent travail de remuer le miel pour le faire fondre dans la totalité du vin à t° ambiante, va opérer une phase alchimique, un peu comme en homéopathie, pour dynamiser les pouvoirs du vin et des épices…ça vous parait bizarre de parler des pouvoirs du vin et des épices ? Mais bien sûr qu’ils en ont des pouvoirs !!! Je vous expliquerai plus tard !  Goûtez, et ajoutez les épices restantes si nécessaire, du miel….couvrez ou bouchez le récipient.

Laissez macérer au sec et au frais, plutôt dans le noir… Durant au moins une nuit, mais 3, 4, 5 jours, c’est mieux…ça vous laisse le temps de trouver de jolies bouteilles ! et de bien les laver !

Puis vous allez filtrer votre potion magique…Installez le torchon mouillé dans l’entonnoir déjà introduit dans le goulot du flacon. Calez ce torchon et vous pouvez le maintenir par un élastique épais qui l’empêchera de glisser.Versez peu à peu le liquide, c’est assez long à s’écouler, car les épices en poudre font un peu bouchon. Enlevez ce qui fait bouchon, pour continuer à filtrer jusqu’au bout…Il y a un ustencil de cuisine qui devrait bien aider à filtrer. Il s’agit de l’écumoire en fin grillage, en la tenant au dessus du récipient après l’avoir tapissée d’une seule épaisseur de gaze rincée à l’eau.  Fermez la bouteille et réservez-la quelques jours, au frais…

La dégustation : Si vous servez l’Hypocras en apéritif, servez-le bien frais, mais à t° ambiante si vous le servez en vin de dessert…Vous pouvez aussi en utiliser un peu pour déglacer un magret de canard cuit à la poêle, pour corser le parfum du jus d’une salade d’oranges…S’il vous reste de l’hypocras et que vous n’ayiez pas l’intention de le garder au frais, en le sucrant un peu plus, vous obtiendrez un sirop léger dans lequel vous pourrez faire cuire des quartier de poires… De toute façon, je suis bien certaine que votre gourmandise personnelle saura vous inspirer d’autres possibilités !!!  Ce vin régalait les palais des seigneurs en leurs fiers chateaux ! Et puis il faut avouer qu’aromatiser ainsi du vin, c’était une manière de faire passer un vin un peu acide, enfin peut-être pas une piquette infâme ! Je vous disais que le vin a des pouvoirs alchimiques. Avez-vous déjà réfléchi à ce processus naturel de la fermentation du vin, processus auquel veillent sérieusement les vignerons… On dit qu’il est égal à l « âme du sang »… Bon, mais ce n’est pas une raison pour en abuser, car à ce moment là on déshonore le vin.…Et soi-même au passage…Mon Père en vendait sur ordonnance, dans sa pharmacie-laboratoire… Uniquement du Bordeaux et du Banyuls ! Le médecin prescrivait ce vin pour se requinquer après une grippe qui avait traîné, ou comme base du fortifiant qu’on élaborait avec un petit flacon de quinquina (si je me souviens bien). Un petit verre avant le repas, c’est ça qui a mené le Papa de mon Papa jusqu’à ses 94 ans. Bon pied bon œil, le Gaston !  Pas seulement ça, d’accord, car il mangeait les légumes, les poules, les œufs, les lapins bio de son jardin !!! Si je lui avais parlé de Bio, ça l’aurait sûrement bien amusé, il m’aurait sans doute dit « Ah ! on peut faire du pas bio ? » Lui, il était né vers 1880, il est décédé avant 1975…. Alors, le bio, il a pas trop connu ! Simplement parce que les produits de son jardin l’étaient d’office sans avoir à en porter le nom qu’on n’avait dailleurs jamais entendu !

 

Un peu d’Histoire : Mais d’où lui vient son nom, à ce « vin arrangé » ?  Vous avez entendu parler de Mr Hypocrate, Dr en médecine de la faculté de Larissa en Grèce Antique ?  Ce médecin, un beau barbu méditerranéen,  a fait de ce métier de médecin un art et une profession à part entière, réunissant tout ce que le monde antique avait de connaissances médicales, aussi bien pratiques que théoriques, faisant prêter serment aux étudiants sur le point de se mettre à pratiquer. Un beau serment, plein de vérités,  qui inspire encore celui que prêtent nos étudiants en médecine. C’est pour rendre hommage à Hypocras qu’on a donné son nom à ce vin de santé !   

 

« Que ton aliment soit ton médicament » disait Hypocrate.



07/01/2013
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